COUP DE CŒUR
  ART-O-RAMA
 Pia Lindman, Public Sauna, 2000
© Pia Lindman. Courtesy Luxe G

Davide Bertocchi, Quadrophenia, 2004 © Davide Bertocchi. Courtesy Sur Mesure, Bruxelles Lindman

Art-O-Rama
Salon d'art contemporain

Galeries La B.A.N.K. [Paris], Luxe Gallery [New York], Nogueras Blanchard [Barcelone], Schleicher+Lange [Paris], Sur Mesure [Bruxelles] & l'artiste invité Olivier Millagou

Programmations parallèles : Circuit Court, Documents d'artistes, FRAC PACA et de l'Union des Designers qui invite Sébastien Wierinck

> vernissage public samedi 15 septembre 2007 à 18h
> salon professionnel du 14 au 16 septembre 2007
> exposition du 16 au 25 septembre
> La Cartonnerie, Friche la Belle de Mai, 41 rue Jobin, Marseille (3e)
> 04 95 04 95 04
www.art-o-rama.fr

 
L’artiste finlandaise Pia Lindman, établie à New York, est venue cet été à Marseille préparer le projet qui sera présenté à Art-o-Rama par la galerie new-yorkaise Luxe. Envisageant la performance comme une pratique d’interférence et de déstabilisation de contextes normés de la sphère publique (à l’image d’un sauna posé à l’extérieur du PS1, cherchant à déjouer les inhibitions sociales qui assujettissent le corps), l’artiste s’est maintenant proposée de transférer un dispositif cinématographique dans le cadre d’un lycée. Le point de départ est une scène emblématique du film La Bataille d’Alger de Gilles Pontecorvo, longtemps censuré en France, dont elle a cherché à réactiver le décor en le confrontant aux récits et à l’urgence d’une nouvelle génération.  Pour Gaïd Beaulieu et Jérôme Pantalacci, les très motivés organisateurs d’Art-O-Rama, nouvelle foire d’art contemporain à Marseille, ce projet est un exemple des modalités de production qu’ils souhaitent mener avec les artistes et les galeries, en les engageant en amont des foires et au delà de leur cadre strictement marchand. S’ils mettent à profit leur expérience acquise auprès de Roger Pailhas, on peut aussi discerner une autre tonalité d’ensemble. Le nombre croissant des foires qui accompagne actuellement l’emballement historique du marché de l’art oblige à se distinguer par la pertinence de ses choix et l’exigence d’un programme. Derrière la foire de Bâle, modèle indépassable avec des projets parallèles et des tables rondes défricheuses, d’autres foires sont venues s’installer dans cette frange de l’art «émergent». La dernière, Docks Art Fair, aura d’ailleurs lieu à Lyon peu après Art-O-Rama, en conjugaison avec la Biennale, signalant une synergie de plus en plus courante (mais fréquemment envisagée avec suspicion) entre les institutions publiques et le marché. Art-O-Rama arrive ainsi peu après la Biennale d’Istanbul et juste avant celle de Lyon. C’est d‘ailleurs un symbole, après les années Art Dealers chez Pailhas, de voir le FRAC organiser une programmation vidéo dans l’enceinte de la foire, associant des œuvres de la collection (Alice Anderson, Zineb Sedira, Denis Brun) à un choix d’artistes installés à Marseille (Alexandre Gérard, Emmanuelle Bentz, Lina Jabbour, Raphaëlle Paupert-Borne), fonctionnant comme un aperçu de la nouvelle orientation artistique de la structure. Un autre signe qui marque un changement concerne le lieu de la foire, proche d’un quartier Longchamp renouvelé qui concentre le plus grand nombre de galeries de la ville, et reconnaissant le travail des associations de la Friche, dix ans après l’ouverture de sa Galerie, devenue aujourd’hui un épicentre de l’art contemporain à Marseille. Ce nouvel élan semble d’ailleurs être repéré par les galeries de la ville qui s’associent spontanément à l’initiative et organisent pour la première fois depuis longtemps une rentrée avec des vernissages simultanés, laissant espérer la tenue d’autres initiatives communes jusqu’ici difficiles. Pour beaucoup d'entre eux, il semble qu’il soit temps de coopérer pour assurer une visibilité capable d’avoir un impact politique de façon à faire face à la fragilité de leur statut. L’autre particularité de la foire concerne la place accordée à chacun des artistes et le prolongement des présentations pendant dix jours. La tonalité des choix artistiques de cette année semble se partager entre un regard critique et biaisé face à la guerre (le bombardier américain de Timo Nasseri, le tank de la guerre civile espagnole de Rafael G. Bianchi, ou une projection du ciel à Gaza par Taysir Batniji) et des univers personnels proches du burlesque (le déambulateur aux roues de vinyle de Davide Bertocchi ou les faux jumeaux d’Adam Leech).

   
   
GAIL PICKERING


Dissident Sunset, vidéo, 2007

Dissident Sunset
> vernissage le 12 septembre à 17h
> du 12 septembre au 11 novembre 2007
> Galerie RLBQ, 41 rue tapis vert, Marseille (1er)
> 04 91 91 50 26
www.rlbq.com

 
Rejoignant certaines voix dissidentes de la pensée contemporaine, tel Slavoj Zizek ou Alain Badiou, un courant de la création artistique actuelle cherche à enquêter sur le potentiel d'action politique et esthétique de la modernité. C'est le chantier que l’artiste londonienne Gail Pickering propose d'activer à travers une pratique entrecroisant l’installation et la performance. Dissident Sunset est une installation réunissant un film qui explore l'histoire de deux mouvements activistes des années 60 et 70, the Weather Underground et la RAF de Baader-Meinhof, mis en parallèle de l'œuvre Merzbau de Kurt Schwitters. Tout au long de l’Histoire, les pratiques politiques d'action directe ont mis en place (et pas forcément malgré ses acteurs) une esthétique qui participe directement à leur persistance dans l'imaginaire collectif. "La pièce tisse des liens assez lâches entre une série  d'événements liés au Weather Underground et au Merzbau. Il y eut la  structure répétée du Merzbau, détruit lors d'un bombardement à Hanovre, puis plus tard dans un incendie en Finlande. En 1972 le Weather Underground provoque accidentellement la détonation d'une bombe qu'ils fabriquaient dans le sous-sol d'une maison de Manhattan, tuant deux des  membres. Schwitters, quant à lui, créa de nombreuses grottes dans le  Merzbau, dédiées à ses amis comme à des meurtriers et dissidents politiques." L'environnement de ce film, avec l'utilisation des plans rapprochés, crée une sensation de claustrophobie, d'où résulte une structure labyrinthique plus vouée au chaos que chaotique. Comment traduire la radicalité de ces gestes politiques au présent ? Dans la lignée des récentes actions publiques organisées par Mark Tribe, il s’agit d’explorer les dynamiques à l’œuvre dans le «reenactment» (la réactivation de pratiques issues du militantisme dans des contextes déplacés de leur espace-temps de départ). «Qu'est-ce que cela veut dire de se  confronter à cette histoire à travers ses résidus, et que se passe t-il  quand ces histoires et références divergentes sont mêlées dans un assemblage chorégraphique ? Dans  Dissident Sunset  le dialogue entre les  acteurs reflète inévitablement à la fois une condition contemporaine et  leur position isolée au sein de la mise en scène. L'affirmation "we need a sign" (nous avons besoin d'un signe) est mal comprise et circule sous  différentes formes sans jamais directement référée à ce qu'ils font, les  menant à la conclusion qu'il n'y a pas d'action sans représentation
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Sommaire : Dissident Sunset, vidéo, 2007

   
ARNAUD MAGUET


MONO vs. STEREO, 2007, deux caissons lumineux, interrupteur, câbles

So you want to be a rock'n roll star
> vernissage vendredi 14 septembre à partir de 17 h
> du 14 septembre au 27 octobre  2007
> VF Galerie, 15 boulevard Montricher, Marseille (1er)
> 06 08 52 94 17
www.vfgalerie.com

Rock’n’roll baby, Arnaud Maguet is in town ! L’artiste niçois s’inscrit dans une longue lignée d’artistes qui cherche une vitalité plutôt dans l’énergie sauvage d’un concert que dans les salles d’exposition. L’art, ensuite, consiste à concilier les deux, ou à les rapprocher, comme c’est le cas pour sa prochaine exposition à la VF Galerie. On y trouvera un studio d’enregistrement de fortune, inspiré de celui que Link Ray avait construit dans le poulailler de la ferme où il s’était retranché avec ses proches au début des années 70. «Il y avait créé un groupe autosuffisant autant du point de vue de la survie quotidienne que de la capture sonore. Il s’agissait là d’une manière de réinventer encore une fois le mythe utopique américain de la communauté autonome tel qu’on peut la lire dans le Vineland de Thomas Pynchon.» Des Basement Tapes de Bob Dylan aux home studios actuels, il a souvent été question dans l’histoire de la musique, comme dans celle de l’art, d’inventer des systèmes autonomes de production. Le L.D.R.R. 4 track Studio (du nom de l’excellent label de Maguet, Les Disques en Rotin Réunis), «un bordel organisé», reprend alors le flambeau de cette éthique do-it-yourself. Pour le projet Disco Rising, détournement du titre du fameux film de Kenneth Anger (Scorpio Rising) qui cristallisera l’esthétique motard (avec une certaine perversité queer), l’artiste réunira pendant quelques semaines des musiciens (et non-musiciens) recrutés parmi les groupes de son label. Les morceaux enregistrés, dont une reprise des Byrds So You Want To Be A Rock’n Roll Star ? seront ensuite gravés sur un disque vinyle tiré à trois cents exemplaires, et diffusés dans l’espace d’exposition d’Olivier Millagou à la foire Art-O-Rama, transformé en bar pour l’occasion. Le duo «modifiera ses options de travail selon les réactions du public comme l’avait fait, par exemple avec succès, New Order en 1983 pour Confusion  (de nombreux aller-retour entre le studio et le dance floor pour tester leurs mix) - directement du producteur au consommateur en quelque sorte...». Ou comment la nostalgie peut être une drogue imaginaire puissante pour nourrir le vertige du présent, les pieds sur terre, la tête en feu, le cœur plein.
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WILFRID ALMENDRA



Good bye sunny dreams
> vernissage vendredi 14 septembre à 19 h
> du 15 septembre au 3 novembre  2007
> Buy-sellf Art Club, 101 rue Consolat, Marseille (1er)
> 06 61 66 57 70
www.buy-sellf.com

A côté de Daniel Dewar & Gregory Gicquel (dont il est parfois collaborateur), Roger Hiorns, Gary Webb, Delphine Coindet ou Jason Rhoades, Wilfrid Almendra a pu être souvent associé à l’émergence d’une nouvelle sculpture «formaliste». Pourtant, il y est moins question d’un répertoire de citations à l’histoire de l’art, que d’une voracité portée sur l’ensemble de la culture visuelle qu’ils traduisent dans des formes composites. Est-il encore possible de parler d’abstraction quand, aujourd’hui, tout signe visuel semble rentrer immédiatement dans une chaîne de significations ? Wilfrid Almendra met sur la table de montage tout un pan de la culture vernaculaire, allant des arts décoratifs au collectionneur d’armes. Suite à l’écho très favorable de son exposition au Frac Aquitaine, Wilfred Almendra expose à la galerie Buy-Sellf, qui poursuit une programmation liée de façon indissociable à son activité principale de production d’œuvres. Goodbye Sunny Dreams c’est la collision d’un radeau viking et du rafinement traditionnel de la céramique, avec un socle en bois évocateur d’un surf primitif terminé d’une queue en fer forgé, et du raffinement traditionnel de la céramique. Kitsch ou pas, la question à se poser serait plutôt celle de notre capacité à exercer l’œil dans une culture visuelle contemporaine forcément impure, complexe et luxueusement incohérente.
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DAMIEN BERTHIER


> Jour de paye
> rencontre avec l'artiste samedi 8 septembre à partir de 18 h
(avec le soutien de Triangle France)
> du 8 septembre au 6 octobre 2007
> Où, 58 rue Jean de Bernardy, Marseille (1er)
> 06 98 89 03 26
Essayer de trouver un équilibre peut être vertigineux, de même que ranger et classer devient parfois une obsession qui ne fait que prolonger le désordre. Dans le travail de Damien Berthier, les chaises, les seaux et les échelles deviennent des modules pour composer des structures qui semblent tenter l’équilibre tout en désirant la chute. Le château de cartes comme un jeu de construction qu’on veut accomplir à la seule fin d’attendre sa destruction. La vidéo Magic Bucket peut d’ailleurs évoquer le principe du château de sable en n’utilisant que les seaux de plage. Le langage de la sculpture est ici souvent associé à une pratique performative qui n’existe que sur la forme de vidéo ou photo, cherchant à capter un point d’équilibre forcément éphémère. Il y a cependant, une ivresse qui rapproche Damien Berthier du burlesque d’un Buster Keaton, plus laconique, dilettante et sans cible.
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    BERDAGUER & PÉJUS, JEAN BELISSEN, HERVÉ PARAPONARIS

Berdaguer & Péjus, Soleil Noir, hublot, bois, néons, germicide, installation, dimensions variables, 2007

*Bad Mood
> vernissage ven. 7 septembre à 18h
> exposition du 8 au 26 septembre
> galerieofmarseille, 8 rue du Chevalier Roze, Marseille (2e)
> 04 91 90 07 98
www.galerieofmarseille.com
 
L’enjeu majeur d’une galerie privée reste celui de la constitution d’un catalogue d’artistes, définissant par là une vision et un positionnement sur l’art. C’est donc la tâche à laquelle s’attelle maintenant la galerieof marseille (qui deviendra privée vers 2008), même si certains de ces artistes possèdent déjà une représentation en France. Pour cette exposition, réunissant trois artistes installés à Marseille, il s’agit de poser un regard sur la nature précaire, corruptible, du corps (autant au sens biologique que social). Avec Soleil Noir, Berdaguer & Péjus délimitent un espace «aseptisé, désinfecté, libérée de tout risque de prolifération biologique» et interdit à toute présence humaine – mais dont on peut voir la lumière bleutée de néons germicides («ultraviolets mortifères, notamment utilisés dans les laboratoires pour leurs capacités extrêmes de désinfection»). Un carnage invisible auquel répond l’humour noir de Jean Bellissen qui fait accompagner les radiographies de son squelette d’une chanson détournée du comique troupier des années 20, «donnant le bulletin de santé des quartiers marseillais». L'ensemble rejoint l’exorcisme jubilatoire de ses dessins où des squelettes mexicains s’adonnent à une danse macabre. La mort est d’ailleurs anticipée chez Hervé Paraponaris dans un Autoretrato al revolver, «autoportrait postmortem» sous la forme d’un reliquaire où il ne manque même pas de boule à facettes. Mao un jour, mambo toujours. Tramway stopper renvoie à cette pratique de sabotage où on voit des paires de baskets lancées vers les câbles de tramway pour empêcher son fonctionnement. Pour les skateurs, il s’agit aussi d’une pratique rituelle (les accrocher à un lampadaire ou à des panneaux de signalisation) comme pour signaler un territoire. Ces chaussures suspendues peuvent encore signaler la présence d’un dealer dans la zone.
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CLÉMENT LAIGLE

 sans titre (Balard), 2006

Labo HO
> vernissage 12 septembre à 19h
> du 13 septembre au 31 octobre
> Histoire de l’œil, 25 rue Fontange, Marseille (6e)
> 04 91 48 29 92
www.histoiredeloeil.com

 
Si le travail de ce jeune artiste, diplômé des Beaux-Arts de Nantes, semble évoquer par moments le langage de l’art minimal, celui-ci est remis en jeu à travers la géométrie de l’architecture des lieux où il intervient. Renvoyant en cela à la fameuse «théâtralité» dont parlait Michael Fried à propos de l’effet recherché par les minimalistes dans le rapport à l’espace et au spectateur, Clément Laigle la vide cependant de toute pesanteur auratique. Pour cette exposition, il appose dans un angle de mur deux cloisons perpendiculaires, équipées d’un éclairage mural auxquelles on n’a accès que par réflexion au mur, dessinant une tranche lumineuse. Où se situe alors l’envers et l’endroit de ce décor ? L’architecture n’est plus l’enveloppe de l’exposition mais son matériau même, prolongée par des matières industrielles liées à la construction ou à l’aménagement intérieur (panneaux d’aggloméré, cloisons, néons), pour produire des «aberrations de l’espace», en recomposant ses volumes, jouant de l’adaptation ou niant son organisation.
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    CYPRIEN GAILLARD & KOUDLAM

> Koudlam et Cy Murdok (Cyprien Gaillard), (première partie avec live audiovisuel de Pierre Bastien et Régis Cotentin) dans le cadre de Seconde Nature
> vendredi 14 septembre à 20h
> Théâtre du Jeu de Paume, 17 rue de l'opéra, Aix-en-Provence
www.secondenature.org
 
Il est pour le moins surprenant l’intérêt suscité chez une jeune génération d’artistes français par le land art et la figure de Robert Smithson en particulier. A la place de la poésie tellurique de Smithson, on retrouve chez Cyprien Gaillard (dont le triptyque vidéo exposé à la Friche est l’œuvre la plus percutante d’Enlarge your practice) une même passion par la démesure transposée dans le contexte des tours d’immeuble de banlieue. Ce désir de retrouver un potentiel lyrique semble répondre à de (déjà) nombreuses générations d’artistes ayant choisi la distance ironique. Avant de sombrer dans la quête du sublime, Cyprien Gaillard chercherait plutôt à trouver cette dimension dans l’insubordination issue des pratiques de désobéissance civile. Fête illégale dans la forêt, lancée de fumigènes, voitures brûlées : ce jeune artiste semble affirmer que la seule poésie possible pour la périphérie du XXIe siècle est le feu d’artifice et la beauté d’une destruction. Que cet opéra délinquant puisse détoner au Jeu de Paume à Aix, théâtre bourgeois à l’italienne le rend encore plus inratable, avant que leur performance rejoigne les diaboliques Dash Snow et Dan Colen pour une nouvelle Hamster Fest (voir la dernière ici) dans un lieu tenu secret à Los Angeles.
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