COUP DE CŒUR
  VISITEMATENTE

Bettina Samson. Kraftwerk Klingenberg - Sonagramm, 2007,
sculpture (noyer et wengé plaqués, plaque de cuivre, époxy gravée et étamée)


Bettina Samson, Mijares, Eric Watt, Sylvie Réno, David Giancatarina
> jusqu’au 10 novembre 2007
> Galerie SMP, 31 rue Consolat,
Marseille 1er
> 04 91 64 74 46
www.s-m-p.org
 
Une délicate structure en bois longe le mur, à la fois sculpture proche de l’art de la lutherie et instrument de musique rappelant un vieux synthétiseur Moog. On peut y voir (ou lire) un sonagramme, soit la représentation visuelle d’une fréquence et d'une durée sonore. Bettina Samson tord ces paramètres pour faire correspondre la longueur en centimètres à la durée en minutes du morceau Tongebirge (Montagnes de sons) du groupe allemand Kraftwerk, pionnier de la musique électronique. La musique du futur est ici traduite visuellement par une sculpture artisanale, folk pourrait-on dire. Tout le travail de cette artiste fonctionne par rebonds et associations concentriques de récits, agissant en chercheuse dans le champ de l’histoire culturelle pour déclencher des analyses parallèles, des connexions méconnues et faire exploser les hiérarchies produites par la mémoire collective. Ici, la musique blanche des Kraftwerk, qui développaient eux-mêmes leurs instruments dans un laboratoire, est rapprochée (par des analogies et des jeux de traduction) du développement de l’électricité en Allemagne avec l’ouverture en 1926 de la géante centrale électrique Klingenberg. Ce monstre, qui nourrissait Berlin et dévorait la vie de milliers d’ouvriers à la chaîne, a été inauguré l'année de la sortie du film Metropolis de Fritz Lang. L’œuvre de Bettina Samson est un millefeuille qui ressemble à la beauté complexe et rhizomatique de nos cerveaux. C’est aussi à Berlin que la galerie SMP a mis en place, place avec l’association berlinoise N.I.K., une galerie, Visite Ma Tente, où ont invité les artistes réunis dans cette exposition. Une photo de David Giancatarina donne à voir une maison dont il ne reste que l’ossature de lego. Tout est donc à réagencer en permanence dans cette très belle galerie berlinoise qui apparaît d’ailleurs dans la vidéo d’Eric Watt, mettant en scène la rue environnante (Schweden Strasse) à travers une enquête auprès des habitants sur la définition de l’art. A l’approche sociologique on peut préférer l’obsession compulsive : Sylvie Réno a ainsi collecté des centaines d’objets (des)organisés par couleurs et perturbés par l’incohérence de distractions fondamentales. Un peu de Tony Cragg et pas mal de whisky. Mais en matière de collection, il est difficile de battre l’accumulation de bouchons de Mijares, allant jusqu’à exploser une armoire en bois, pourtant bien attachée par des chaînes, dans une installation imposante qui traduit avec humour le débordement et l’excès éthyliques.
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Une résidence soutenue par Mécènes du Sud depuis 2006
   
   
HOLIDAY IN
 Quentin Armand, Chevalet & Swing, 2007

Flavia Müller Medeiros, Quentin Armand, Oliver Bragg, Juozas Laivys, Nicolas Simarik, Darius Miksys
En collaboration avec Gasworks [Londres] et le Centre d'Art Contemporain [Vilnius]
> jusqu’au 27 octobre 2007
> Galerie de la Friche La Belle de Mai
> 41 rue Jobin, Marseille, 3e
> 04 95 04 96 11
www.lafriche.org/triangle
 
Plus de dix ans après sa création, Triangle est devenue la structure plus dynamique à Marseille concernant l’international, relayée par un échange avec des galeries reconnues dans deux épicentres de l’art contemporain (Parker’s Box à New York et Gasworks à Londres). Cela se doit, d’abord, à des choix artistiques défricheurs (de Simon Starling à Jim Lambie, en passant par Bruno Peinado, Nicolas Moulin ou Pierre Malphettes) et au choix résolu de concentrer ses efforts sur l’aide à la production et la mise en contact de jeunes artistes avec le milieu professionnel. Après le départ de Sandra Patron, c’est maintenant Dorothée Dupuis qui assume la direction de la structure, avec une détermination et un enthousiasme imparables. Après avoir été l’assistante de Philippe Parreno et de Christine Macel (au Centre Pompidou), elle débarque à la Friche au moment où il est question d’y mettre en place une coordination des acteurs de l’art contemporain («un centre d’art sans l’être», dans sa perspective). L’un des points clé de son projet passe par l’organisation d’open studios, invitant de commissaires français ou étrangers à faire des visites d’atelier. Son approche est éminemment générationnel, mettant à profit son activité au sein du collectif Le Commissariat qui a tissé un fort réseau avec des jeunes critiques et commissaires. En ce moment à la Friche, Holiday In donne à voir le résultat d'un projet de résidences "de vacances", mené avec Gasworks [Londres] et le Centre d'Art Contemporain [Vilnius], C’est une exposition dont le statut reste indéfini qui interroge à la fois la spécificité du travail artistique, son rapport au "temps libre" et le statut de plus en plus banalisé de "l'artiste voyageur". Flavia Müller Medeiros retrace le récit de ses rencontres en Lituanie, Nicolas Simarik revient de son périple dans les îles accompagné de son ombre, Quentin Armand transfère ses impressions sous des formes sculpturales entre mouvement et sédentarité, Oliver Bragg trouve la réponse la plus autonome avec des dessins qui remplacent l'échange direct avec l'environnement, tandis que les Lituaniens Juozas Laivys et Darius Miksys apportent les œuvres à la fois les plus elliptiques, fragiles et ouvertes à l'interprétation.
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Yto Barrada


Dormeurs, fig. 4, Yto Barrada, Série Jardins publics, Dormeurs fig. 1 à 5, Tanger, 2006, 125 x 125 cm

galerieofmarseille
> vernissage le 5 octobre à 18h
> du 6 octobre au 17 novembre 2007
> 8 rue chevalier Roze, Marseille 2e
> 04 91 90 07 98
www.galerieofmarseille.com

 
On peut être plus ou moins sensible à l’esthétique descriptive, à l’art des constats sociologiques qui fait le bonheur de nombreuses biennales. Comment, alors, explorer la force indomptée de l’art sans chercher à rassurer la (bonne) conscience affamée de sujets édifiants ? L’artiste franco-marocaine Yto Barrada, qui expose à l’actuelle Biennale de Venise, reste identifiée à son travail photographique sur le Détroit de Gibraltar, «ce goulet d’étranglement», porte d’entrée principale de l’émigration clandestine vers l’Europe. "En arabe comme en français, détroit conjugue étroitesse (dayq) et détresse (mutadayeq). L'entreprise coloniale a laissé un héritage complexe qui a façonné en profondeur le bassin méditerranéen et remodelé l'image et l'usage du Détroit de Gibraltar. Avant 1991, les Marocains munis d'un passeport avaient toute latitude de voyager en Europe. Mais depuis les Accords de Schengen, le droit de visite, désormais unilatéral, ne s'exerce qu'au bénéfice des seuls Européens. Toute une génération de Marocains a donc grandi les yeux rivés sur le Détroit." A la tentative de l’exil répond paradoxalement un développement fracassant de l’industrie touristique. Il ne faudra pas chercher ici la nostalgie exotique d’une Tanger cosmopolite et littéraire, interlope et hors-la-loi, liée à son ancien statut de Zone internationale – les personnes photographiées par Yto Barrada tournent maintenant le dos vers l’horizon, ligne de fuite («Quand on passe son temps sur l’abîme, là où l’on saute de l’Afrique, on tourne par conséquence le dos à tout ce qui ce passe à l’endroit où nous sommes, donc pas investis en ce que nous faisons ici»). Plutôt que le drame, l’artiste et directrice de la Cinémathèque de Tanger, agit par ellipses, posant son regard sur des indices. «Je cherche à saisir des tentations de départ et non pas, à la façon d’un reportage, des tentatives. Dans mes images, j’exorcise sans doute la violence du départ (des autres) tout en vivant l’expérience, qui n’est pas dépourvue de violence, du retour (à la maison). Je peux photographier tous les habitants qui veulent la quitter, mais moi, j’y reviens toujours et j’y vis. L’étrangeté est celle d’une fausse familiarité. Dès que je suis de retour à Tanger, je suis de nouveau en état d’absence, je m’absente.» A la galerieofmarseille, Yto Barrada détourne son attention vers des fleurs sauvages «défiant le chaos des chantiers» qui, suite à l’explosion du tourisme, construisent un Maroc «ripoliné, propre et net», mis soit dans la vitrine du progrès, soit « sous la cloche du folklore local».
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Image du sommaire : Yto Barrada, Couronne d'Oxalis (série Iris Tingitana), Forêt Perdicaris, Rmilet, Tanger, 2007 (Papier peint panoramique, dimensions variables)
   
MICHEL JACQUELIN & ODILE DARBELLEY

Prototypes de sièges d’exposition (Groupe Albert Pophtegme) 2007, Matériaux composites, facteurs divers

L'Art tangent
> Les activations : jeudi 25 octobre à 19h / jeudi 8 novembre à 19h / jeudi 29 novembre / jeudi 13 décembre à 19h
> mercredi 7 novembre vernissage de l’exposition Les bas morceaux de l’Odalisque (rétrospective Duchamp-Duchamp) à L'Histoire de l'œil (jusqu’au 24 novembre)
> soirée de clôture 15 décembre A play for web/zapping relationnel à Montévidéo
> jusqu’au 15 décembre 2007
> FRAC PACA
> 1 place Francis Chirat, Marseille 2e
> 04 91 91 27 55
www.fracpaca.org
Que veut-il dire aujourd’hui ce mot fatigué de multidisciplinarité ? Désormais acquise, elle peut devenir une bannière fourre-tout et marketing qui s’exempte de tenir en compte les enjeux spécifiques d’une œuvre et sa contextualisation dans les débats qui irriguent un champ artistique. Michel Jacquelin & Odile Darbelley ont d’abord été reconnus par les scènes théâtrales les plus aventureuses avec leur entreprise de débordement des codes classiques du théâtre. Ils s’approprient des questions éculées qui nourrissent l’art contemporain du XXe siècle et les «activent» avec humour dans le contexte des codes incroyablement stables de la représentation théâtrale. Ce qui surprend dans ce cadre devient sans doute beaucoup moins convaincant dans un espace d’exposition. Leur thèse développée autour de la notion d’ «art tangent» ne peut se définir que par opposition vis-à-vis d’un certain fantasme de l’art contemporain froid, difficile, pour initiés, coopté. Et bien, l’art est ce qu’on est capable de faire avec (c’est là notre responsabilité de spectateurs) et dispense depuis longtemps toute tentative exclusive de définition de son périmètre. L’Art Tangent est alors le département d’une fondation et comprend plusieurs artistes fictionnels, reprenant certaines stratégies discursives, jouant avec ironie de la pseudo-science, pour mieux contrer toute sacralisation des œuvres ou de la signature de l’artiste. Mais après Erik Duyckaerts, Paul Devautour ou même Stéphane Bérard, l’Art Tangent fonctionne presque comme le département de médiation de la démarche de ces artistes (et non pas de l’art contemporain dans son ensemble, dont la complexité ne saurait se réduire à une lignée exclusive héritée de Duchamp). S’il est insatisfaisant de faire de la médiation avec de la médiation, , il est encore plus terrifiant de voir la « compréhension du public » se transformer en censure de tout ce qui peut échapper à la traduction lisible des œuvres. Peut-être alors que le plus souhaitable serait de visiter l’exposition sans avoir lu leur catalogue-manifeste et de se laisser prendre par nos rebondissements subjectifs, l’humour sagace de certaines œuvres et le dialogue de sourds entre elles, sorte de maison du Facteur Cheval surexcité par l’histoire de l’art. Ainsi, par exemple, un champ de coquelicots renvoyant immanquablement à la peinture classique est ici constamment court-circuité par le passage de voitures sur l’autoroute.  Dans le langage «tangent», «plus l’art il va loin, moins on le voit ».
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NELLY MAUREL ET DAMIEN ASPE

Interrogations écrites, Nelly Maurel
> jusqu'au 20 octobre 2007
> Galerie Porte Avion, 42 A rue Sainte, Marseille 1er
> 04 91 33 52 00
www.galerieporteavion.org

Damien Aspe
> vernissage vendredi 24 octobre 2007 à partir de 18h30
> du 25 octobre au 22 décembre
> Galerie Porte Avion
>96 Bd de la Libération, Marseille 4e
> 04 91 33 52 00
www.galerieporteavion.org
 
«La rue de l’art», titrait le journal Taktik en 1995 à propos de la rue Sainte et ses alentours. Plus de dix ans après, quelque chose a sensiblement changé, suite à la fermeture de la galerie Roger Pailhas. Signe des temps, l’une des galeries les plus dynamiques et défricheuses de ce périmètre, Porte Avion, rejoint l’impulsion donnée au quartier Longchamp, après un renouvellement des anciens locaux de la galerie Distributeur Officiel, pas très loin de Buy-Sellf. Créée il y a vingt ans par trois artistes, dont Jean-Jacques Le Berre, Porte Avion a toujours gardé un lien privilégié avec l’univers de l’édition (avec un espace librairie), en particulier l’excellent éditeur Al Dante, basé à Aix à ses débuts (qui réapparaît actuellement après un dépôt de bilan). A leur actif, des expos remarquées  (la première en France de Carsten Höller en 1991, John Armleder, Sylvie Fleury, une rétrospective de Pierre Moulinier en 1997, Bruno Perramant, William.S Burroughs, Béatrice Cussol, Thomas Lélu…) et la participation à des foires internationales (dont la FIAC et Francfort en 1993). La dernière exposition rue Sainte avec la jeune artiste Nelly Maurel renoue avec leur goût pour les objets littéraires non identifiés, car il s’agit d’un travail qui joue des mots comme on joue aux échecs. Malgré la difficulté de transposer cette démarche dans l’espace, la vidéo réalisée en collaboration avec Pascale Murtin (du groupe Grand Magasin) est une perle d’humour pince-sans-rire, refusant tout effet «poétique» pour faire exploser la littéralité de nos expressions les plus courantes. Le nouvel espace accueillera le jeune Damien Aspe qui y présente une sculpture rappelant les codes de l’art minimal. On y trouve cependant un approche biaisé de l’abstraction, à l’image d’Olivier Mosset ou John Armleder (avec qui il a collaboré), contaminé par des usages du champ culturel. Ainsi, les volumes colorés de From Russia With Love renvoient au fameux jeu Tetris, inventé en 1985 par le russe Alexey Pajitnov. Le titre de la pièce est le slogan avec lequel le jeu a été commercialisé à l’Ouest, évoquant James Bond et ironiquement le fait que Tetris a été parfois vu comme «la plus efficace des armes de guerre de l’URSS tant il avait fait perdre de temps et de productivité au bloc de l’Ouest pendant les dernières heures de la guerre froide».
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CULTURE HACKER : Mc KENZIE WARK
 Culture Libre, Culture Hacker
Organisé par Rencontres Place Publique  

Attitude, Manifeste et éthique hacker
> 25 octobre, CIPM, 18h

 Les hackers officiels & les cyber-fonctionnaires
> 26 octobre, Mairie du 2e arrondissement, 17h :

La culture libre peut elle briser la chaîne du livre
> 27 octobre, CIPM, 14h 
  Kenneth McKenzie Wark est un théoricien des nouveaux médias qui imprime une voracité spéculative à ses écrits pour développer une performance littéraire activiste. Défenseur aguerri du copyleft, il a travaillé sur les premiers réseaux collaboratifs du web (nettime), des pratiques autonomes qu’il associe à une « revanche de la connaissance » par l’appropriation collective. Ses ouvrages les plus connus sont Un manifeste hacker (publié en France par l’excellent éditeur critical secret en 2006) et Gamer Theory. Installé aux Etats-Unis depuis 2000, il est professeur en culture et médias au Eugene Lang College, The New School for Liberal Arts à New York. Parmi ses influences, on compte l’écrivain Kathy Acker, dont il fut proche, ou le philosophe Jean Braudillard.  Ce débat sera l’occasion d’analyser comment l’étique hacker produit des outils et des stratégies pour la transformation des modalités et pratiques culturelles. Et, en conséquence, d’interroger comment les espaces déjà existants de réalisation de la culture réagissent face à ce «nouveau régime de production et de circulation des valeurs culturelles».
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OUVERTURE D'ATELIERS D'ARTISTES
> du 5 au 7 octobre 2007
www.chateaudeservières.org
  Organisée par l’association Château de Servières, cette  neuvième édition des Ouvertures d’Ateliers d’Artistes, regroupe 27 ateliers et 69 plasticiens qui oeuvrent dans les différents champs de la création. Pénétrer dans les «coulisses» de la création, c’est aussi passer de l’autre côté, saisir les motivations et les choix qui président à l’élaboration d’une œuvre.
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