COUP DE CŒUR
  MARSEILLE ARTISTES ASSOCIES 1977-2007
smp
La collection anonyme, 1994-2007
Proposition de SMP

CLAVEREFrédéric Clavère, Malabar revisite le goulag, 2007
Proposition de la Galerie du Tableau

RLBQBettina Samson, Warren, 1/4 de sec. en Cinémascope, 2007 (au premier plan), Francesco Finizio, Ringworm, 2005 (à gauche), Mariusz Grygielewicz, Entraînement, 2007 (mur du fond)
Proposition de RLBQ

HONicolas Guiot, Gambling2, 2007
Proposition de la Galerie HO


Marseille Artistes Associés, 1977 - 2007. 30 ans d'art contemporain à Marseille
> jusqu’au 30 mars 2008
> Musée d'art contemporain
> 69 avenue de Haïfa, Marseille 8e
> 04 91 25 01 07

 
Une foire d’associations ? Un événement pré-électoral cherchant à dissimuler la précarité de la politique culturelle en matière d’art contemporain ? Les appréhensions et les critiques émises pendant la mise en orbite de l’exposition blockbuster Marseille Artistes Associés 1977-2007 menaçaient de faire oublier la motivation principale des structures impliquées : les artistes et leurs œuvres. Il faut néanmoins s’interroger sur l’angle privilégié par le seul «grand événement» d’art contemporain annoncé par les Musées de la Ville jusqu’en 2013. Suite à de nombreuses expositions focalisées sur la «scène» locale, peut-on continuer d’insister sur la pertinence du seul critère territorial dans l’actuel contexte de circulation, de réseaux de mobilité et de résidences temporaires des artistes ? Il est devenu impossible d’engager une réflexion sur l’art sans établir des connexions élargies et une confrontation à l’extérieur qui l’inscrive dans le débat et non pas dans le repli. Comment s’étonner de la difficulté qu’ont ici les artistes à trouver un écho dans les revues, les galeries ou les expositions internationales, quand cet événement semble prolonger une tendance à rester «entre soi» ? Enfin, la précipitation du montage de l’opération a interdit une réflexion sur l’évolution du rôle des structures associatives pendant la période concernée (c’est d’ailleurs le manque majeur du catalogue). Ces galeries étant aujourd’hui le principal moteur de la dynamique artistique de la ville, il semblait évident pour Thierry Ollat, directeur du MAC, de leur apporter cette reconnaissance. C’est aussi le désir d’un musée assujetti à un certain immobilisme administratif de se nourrir de leur souplesse, réactivité et indépendance de gestion. L’impression générale qui s’en dégage reflète le contexte artistique de Marseille : dissonant, parfois chaotique, mélange d’aventures collectives et esprit de chapelle, d’un incroyable investissement d’énergies, de débrouille et de détermination professionnelle. Sans doute le plus incroyable est-il de voir la ténacité et l’évolution de ces structures que beaucoup croyaient vouées à disparaître. L’exposition hésite entre la confusion illisible et le joyeux cocktail d’attitudes et d'esthétiques. Et même la tentation pour certains d'être rétif ou de détourner le cadre institutionnel finit plutôt par dévoiler le positionnement de chacun dans le paysage artistique. Dès l’entrée, l’Histoire de l’œil, la plus jeune des galeries invitées, nous met face à l’une des propositions les plus réussies : une énorme sculpture de Nicolas Guiot qui comprime entièrement l’espace du musée tout en exposant sa laideur architecturale. C’est aussi la solution adoptée par Buy-sellf en n’exposant que deux énormes néons gonflables de Guillaume Poulain, sans le même tranchant. D’autres ont préféré la compilation d’œuvres, soit en les associant sous un angle un peu lassant, comme celui de la Méditerranée dans le cas du Bureau des Compétences et Désirs (qui réunit néanmoins des artistes prégnants, se tournant résolument vers l’extérieur de la «scène») ou sous le mode de l’anthologie concernant Athanor. Et si cette dernière, la plus ancienne galerie de Marseille, regarde les acquis dans le rétroviseur, d’autres, comme la galerie du Tableau, préfèrent assumer le risque de l’échec dans un flux constamment renouvelé (exposant ici une nouvelle vidéo de Mathieu Abbonnenc et Marion Mahu, ainsi qu’un ensemble saisissant de tatouages de prisionniers russes peints par Frédéric Clavère). En lien étroit avec l’école des Beaux-Arts, la galerie des Bains Douches s’avance sur une même veine prospective (avec des réussites très variables), établissant un courant avec des artistes comme Raphaëlle Paupert-Borne ou Sylvie Réno. Plus concentrée sur un noyau dur d’artistes, Porte Avion expose un ensemble inégal dont se détache l’enquête des publics proposée par John Deneuve qui met en abîme le contexte muséal avec un humour anarchique. Dans une logique de détournement, SMP présente sa toute première exposition qui, déjà, renversait le totem de la signature de l’artiste pour mélanger joyeusement les trouvailles du groupe dans une collection anonyme. De la même façon, Astérides détourne la galerie en atelier, devenu le «sas anachronique» (avec sortie de secours) de Noël Ravaud, où l’on peut suivre l’évolution de ses projets autour de la revue Spore et sa réflexion sur les surfaces commerciales ou le système d’assurances. Parfois, il est question d’envisager le commissariat de façon évolutive, à l’image de Sextant et Plus qui a invité pour ce premier volet le collectionneur David Biard à rencontrer des jeunes artistes à Marseille : l’ensemble reste dispersé malgré Cédric Alby et le désastre écologique d’une forêt en plastique de Laurent Perbos. La galerie RLBQ a cherché à créer des connexions entre l’équilibre acrobatique de Mariusz Grygielewicz et la performance en déséquilibre d’une danseuse de cancan (Gail Pickering), tandis qu’en parallèle, les systèmes de circulation des images sont interceptés par Bettina Samson (qui comprime dans l’espace la temporalité dilatée du cinémascope de Peckinpah) et par la pièce de Francesco Finizio, un «cerveau externe» qui passe des appels téléphoniques. Si les choix les moins intéressants des galeries correspondent aux bilans documentaires d’activités, on trouve à l’inverse des occupations saisissantes de l’espace comme dans le cas de Triangle qui réunit de façon spectaculaire le dancefloor cinétique de Jim Lambie, le sound-system déraillé des Bad Beuys Entertainment, la débauche rustique d’Ethan Kruszka ou les sculptures de surveillance de John Bjerklie.
Image de sommaire : Jim Lambie, ZOBOP, 1999 (vinyle coloré au sol), Bad Beuys Entertainment, Final Count of the Collision  between Us and the Damned, 2006 (à gauche), John Bjerklie, Hot head/cool head, 2006 (sculptures au centre), Ethan Kruszka, I am seeing myself for the first time today (portrait of...), 2007 (sculpture au fond à droite), Stefan Sehler, Sans titre (Montagnes), 1998 (mur du fond)
Proposition de Triangle

   
   
LE FRAC ET LE CIRVA A LA VIEILLE CHARITE

FRAC
Carlos Kusnir, Superman, 1987
Collection FRAC PACA
BARBIER
Gilles Barbier, Hum!!, 2000
Collection FRAC PACA
Crédits photographiques : FRAC

Pierre Charpin, Vases de la série Torno Subito, 1998/2001

CIRVA, de l'atelier à la Chapelle
FRAC PACA, Présence singulière
> jusqu’au 30 mars 2008
> Centre de la Vieille Charité
> 2 rue de la Charité, Marseille 2e
> 04 91 14 58 80

 
A la Vieille Charité, le directeur du FRAC, Pascal Neveux, a choisit dans la collection des artistes établis à Marseille. Il y a de belles surprises, mais aussi des œuvres qui ont mal vieilli et des confrontations saugrenues dans l’accrochage. L’allée de gauche laisse mieux respirer les travaux d'artistes, avec des ensembles autonomes très réussis (malgré la cohabitation malheureuse avec la «chapelle» de Saint-Just de Patrick Sainton). C’est sans doute le parcours qui se rapproche le plus de ce qu'a été la dernière aventure intellectuelle du FRAC avec l’ex-directeur Eric Mangion. De l’autre côté, le parcours bégaie, peine à surmonter les dissonances entre des œuvres très inégales et des univers trop disparates. Parmi l’ensemble, on peut néanmoins dégager des lignes de tension communes. Certains artistes imprègnent leurs œuvres d’une dimension pulsionnelle liée au désir, qu’il s’agisse de l’irrationalité trouble de la sexualité (Guillaume Pinard), du rapport fétichiste à l’objet (les tallons aiguilles de Thierry Agnone) ou de l’humour violent où la peinture croise le cinéma de série B (Frédéric Clavère). D’autres ouvrent leurs recherches à nombreux domaines de connaissance, qu’il s'agisse d’architecture (les maisons auto-destructibles de Berdaguer & Péjus), de météorologie devenue performance (le ballon-sonde de Richard Baquié, à côté d’une autre installation amputée de son sens car désactivée), de savoir encyclopédique transformé en sport du dimanche (les copies du Larousse de Gilles Barbier) ou des schémas d’analyse du désordre (Noël Ravaud). La vidéo est souvent traversée par la performance, allant du burlesque induit par la figure du double (Franck et Olivier Turpin), de l’exposition muséale réduite à l’échelle d’un terrain de jeu (Alain Rivière) ou de l’invention jouissive d’un rituel de délivrance pour construire du lien (Pierre Malphettes). En contrepoint, on découvre une communauté d’objets solitaires, faits avec les moyens du bord et le langage de la survie affective (Marc Quer), tout comme le peintre abstrait tiraillé entre l’assassin et le super-héros (Carlos Kusnir). Dans le cas du CIRVA, qui expose à la chapelle de la Vieille Charité, il est encore plus difficile de dégager un dialogue entre des univers artistiques à travers le seul prétexte du matériau utilisé. La séduction du verre peut devenir un piège où les artistes ne dépassent pas l’émerveillement face à la préciosité de l’orfèvrerie et l’évidente virtuosité des artisans de ce centre national. Paradoxalement, à côté des cloches sanglantes de Javier Perez ou des loukoums libertins de Paul-Armand Gette, c’est un designer, Pierre Charpin, qui surprend le plus en délaissant toute fonctionnalité pour composer un paysage géométrique de cylindres et «écrans» à mi-chemin du Bauhaus et du cinéma d’animation abstrait d’Oskar Fischinger.
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L’ECOLE DES BEAUX-ARTS AU MUSEE CANTINI

lucariellSaverio Lucariello, Vénus Chatouillée 2007 (avec sculpture de Claude Vignon)

> jusqu’au 30 mars 2008
> Musée Cantini
> 19 rue Grignan, Marseille 6
> 04 91 54 77 75

 
Une bonne nouvelle apportée par cette manifestation correspond au retour de l’art contemporain au Musée Cantini (après le divorce produit par l’ouverture du MAC), au moment où de nombreux musées d’art classique et moderne proposent à des artistes vivants d’intervenir dans leur espace ou d’imaginer l’accrochage de leur collection. On reste cependant dans une approche classique annoncée par le titre même de l’exposition (Avec les Maîtres), version un peu old school du rôle des enseignants d’une école d’art, aujourd’hui moins nostalgiques des «maîtres» que conscients de la nécessité de produire du débat et de confronter plusieurs positions esthétiques. Michel Enrici, ex-directeur de l’école des Beaux-Arts de Marseille, a invité des artistes dont le parcours a croisé Luminy (la plupart en tant qu’enseignants) qui, à leur tour, établissent un dialogue avec une œuvre choisie dans la collection des Musées. C’est un véritable plaisir de parcourir les salles de Cantini bouleversées par cette invasion qui permet de prendre le pouls d’une école qui demeure périphérique à la dynamique artistique de la ville. L’ensemble est néanmoins profondément déséquilibré. Certaines confrontations avec les classiques peuvent s’avérer écrasantes ou se tournent carrément le dos, d’autres peuvent surprendre : les panneaux noirs superposés de George Autard où un alphabet semble dessiné au revolver dialoguent avec une photo de Wolf Vostell avec un bombardier qui lâche des rouge à lèvres comme des missiles. Les œuvres des artistes disparus restent célibataires : les sculptures-troncs de Toni Grand ou la phrase métallique amovible de Richard Baquié, qui garde son pouvoir intact vingt ans après. Il y a sans doute des choix discutables (Philippe Turc, le plus jeune des artistes invités, serait-il le seul représentant des ex-étudiants ?) et d’autres plutôt pertinents dans la mise en perspective des genres classiques : dans une vidéo, Jean-Claude Ruggirello isole et déplace le motif de l’arbre, semblant le déraciner de la peinture de paysage d’Emile Loubon, tandis qu’Anita Molinero investit la beauté monstrueuse de ses sculptures d’un pouvoir dominateur qui l’inscrit dans un dialogue séducteur et défiant avec Rodin, dont elle côtoie ici une magnifique sculpture. A la fin de l’expo, il y a une touche d’irrespect amoureux qui laissera des souvenirs au très convenable musée d’art moderne de Marseille : Saverio Lucariello invite Daphné, une sculpture académique de Claude Vignon, dans une installation où une énorme toison pend d’un ventilateur pour venir frôler sa blancheur chaste.
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    LE CHATEAU DE SERVIERES AUX ATELIERS D’ARTISTES

QUERMarc Quer, Les confins de l'univers

BENTZ
Emmanuelle Benz, P.P. School 2007, Glossaire - le sens des signes (extrait d'une série de 27 dessins)

Tu connais Nadine ?
> jusqu’au 30 mars 2008
> Ateliers d’Artistes de la Ville de Marseille
> 11-19 boulevard Boisson, Marseille 4e
> 04 91 85 42 78

Beaucoup a été dit sur la situation actuelle des Ateliers d’Artistes, qui, malgré son formidable potentiel (une galerie de 300 m2, dix ateliers pour les résidences et une importante politique de production d’expositions développée par Thierry Ollat, tournée aussi bien sur le local que sur l’international) n’ont pas réussi à convaincre les responsables politiques du rôle déterminant que pourrait jouer cette structure. Dans l’absence d’un appel à projets qui pourrait redynamiser cette institution intermédiaire, le temps est donc à sauver les meubles. Face au désengagement de la Ville, la solution a été d’établir une convention temporaire avec l’association Château de Servières (ce qui permet d’élargir le financement aux autres collectivités), dirigée par Martine Robin et sans lieu depuis mars 2006. Là aussi c’est un changement de statut, passant d’une structure qui articulait sa programmation autour de la scène locale dans le cadre d’un centre social, vers un contexte où priment les choix artistiques et la capacité à s’articuler avec un réseau professionnel élargi. Pour cette exposition, Emmanuelle Bentz poursuit sa déconstruction des mécaniques de sociabilité en s’attaquant aux onomatopées, ce langage primitif qui semble échapper à la communication tout en appuyant les réflexes conditionnés du corps et ses interjections codées. Dans une nouvelle vidéo, elle élargit le démontage de nos postures à l’ensemble des prothèses sociales soit-disant nécessaires à la réussite d’une «bonne» socialisation. On y retrouve le ton de manuel didactique, mais l’ironie se confond avec une mécanique acerbe où les relations deviennent une performance ininterrompue. De son côté, Marc Quer joue du langage et des combinaisons d’objets pour construire un chantier renversant. C’est l’un des rares artistes à pouvoir investir les matériaux d’une telle intensité émotionnelle sans jamais frôler la complaisance. Avec trois fois rien, à l’image de ces chaussures de chantier entourées d’un carré dessiné à la craie (Les confins de l’univers) ou de ces bouteilles de bière bon marché où il introduit une cuillère comme s’il était du champagne, à côté d’une caisse en carton aux étoiles rouges (2001 l’Odyssée de l’Espace), Marc Quer propulse notre survie matérielle et affective dans une reconquête du regard sur le monde. Marijo Foehrlé fait évoluer sa pratique du dessin dans plusieurs directions simultanées (jusqu’à le dévorer dans un petit haiku animé) que semblent néanmoins s’arrêter à l’accumulation. Laurent Le Forban tronçonne des phrases reconnaissables dans des affiches cryptées qui envahissent l’espace où est aussi exposé (sans corrélation de sens) le résultat d’une performance de destruction de radios. Enfin, Jean-Marie Hegoburu met en scène un champ de feuilles en plâtre qui prolifère sur les murs jusqu’à absorber totalement la blancheur de l’espace. Poutant, une fois l’effet spectaculaire retombé, il ne réussit pas de dépasser la seule volonté de séduire le regard.
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SYLVIE RENO

RENO
Sylvie Réno, "Réserves", 2007

Fines Lames
> jusqu’au 24 novembre 2007
> Galerie Athanor
> 5 rue de la Taulière, Marseille 1er
> 04 91 33 83 46

 
Si le travail de Sylvie Réno est régulièrement exposé à Marseille, il faut remonter dans le temps pour retrouver une exposition personnelle de cette dimension. Sa démarche est désormais parfaitement identifiable : la reproduction d’objets en carton, ou plutôt la «cartonisation» du monde, selon Brice Matthieussent. En faisant dévorer par du carton des pelleteuses, des sous-marins, des tanks, des flingues et des coffres-forts, Sylvie Réno s’attaquait à des objets fétiches du pouvoir masculin en les désossant pour les transformer en leurres qui ne font pas le poids. Plutôt que de jouer à l’illusionnisme du vrai et du faux (malgré la méticulosité de ses reproductions), l’artiste semble vouloir transformer le monde en décor de cinéma monochrome où il ne reste que la surface d’une image. Le carton ne sert pas ici à emballer le monde des objets, ni même à les reproduire, mais à rendre sa prolifération littéralement creuse. Le point de non-retour de cette entreprise schizophrène semblait être atteint avec la reproduction de son propre atelier, une mise en abîme qui refermait une boucle obsessionnelle. L’exposition Fines Lames à la galerie Athanor ouvre d’autres pistes de réflexion, même si on y retrouve l’agressivité des séries d’objets coupants. Quand l’artiste décide de se mettre à la peinture (dans une galerie connue pour son goût en la matière), il s’agit encore de le faire par le moyen de la sculpture (avec la réplique de pots en carton), ou alors à travers un assemblage d’objets chaotiques organisés par couleurs. Mais l'installation la plus surprenante concerne la transformation de ses chutes de carton en volume pour composer un paysage mural entre l’abstraction et le design d’un magasin qui ne distingue plus contenu et contenant.
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