Coup de cœur
  Peter Friedl


King Kong,
Peter Friedl, vidéo 2001

Travail 1964 - 2006
(en parallèle aura lieu une rétrospective du sculpteur Toni Grand)

> vernissage vendredi 29 juin 2007 à 19h
> 30 juin au 16 septembre  2007
> [mac] musée d'art contemporain, 69 avenue de Haïfa, Marseille (8e)
> 04 91 25 01 07

Entretien de Jean-Pierre Rehm avec Peter Friedl (revue Multitudes)

 
Dans le contexte politique actuel, l’exposition de Peter Friedl est d’une acuité revigorante et assume une force de frappe critique qui déborde largement le cadre muséal. La rétrospective est sciemment détournée par l’artiste autrichien qui présente son travail antérieur sous le statut de document. Cette première exposition programmée par le directeur Thierry Ollat arrive de l’excellent Musée d’Art Contemporain de Barcelone (avant que celle de Janet Cardiff ne suive le même trajet jusqu’ici) et nous invite à revenir la voir plusieurs fois de façon à saisir l’amplitude de son potentiel critique.  La «contre-imagination» de Friedl propose des modalités esthétiques pour désarmer les configurations du pouvoir, élargissant le contrôle créatif de la production à tous les acteurs impliqués, du personnel des musées jusqu’à ses usagers. L’une des séries exposées, Playgrounds, est un projet en cours qui réunit des centaines de diapositives où sont documentées des parcs pour enfants du monde entier. Il s’agit d’une typologie de la planification moderne qui peut être vue comme un vestige des utopies du siècle dernier. Les formes géométriques de ces structures confondent parfois le jeu et l’exercice militaire et reflètent une sociologie de l’éducation qui sous-tend toujours une représentation de l’enfance. Ou peut-être «une scène où se développent les premières expériences publiques, institutionnalisées, pour l’émergence d’une communauté».  Dans Theory of Justice, Friedl répond au philosophe John Rawls qui propose une théorie libérale du contrat social envisagé comme système de coopération et poursuite de consensus. Friedl a ainsi constitué des archives d’images de presse associées aussi bien à l’exclusion et à l’expulsion qu’à des formes de résistance et de violence contestataire. La vidéo King Kong met en scène le musicien Daniel Johnston, dans un parc de la  banlieue de Johannesburg, en train de chanter une histoire de l’Apartheid, placé au milieu d’un travelling circulaire qui introduit une multitude d’événements parallèles. L’exposition de Peter Friedl est l’occasion extraordinaire de réapprendre à fréquenter un musée, car l'artiste stimule là une de ses fonctions premières, celle de créer et d’augmenter «l’espace public».
   
    Vous êtes encore là ? Je vous croyais perdus à tout jamais !

 Sol peint de Cari Gonzalez-Casanova, 2007

>Olivier Bedu, Rémi Bragard, Marcell Esterhazy, Joffrey Ferry, Cari Gonzalez-Casanova, Mariusz Grygielewicz, Rémy Rivoire, Julien Tiberi
> vernissage vendredi 1er juin 2007 à 18h
> du 2 juin au 13 juillet  2007
> ateliers d’Artistes de la Ville de Marseille
> 11-19 bd Boisson, Marseille (4e)
> 04 91 85 42 78
www.air-marseille.net

 
Le titre de l'exposition pourrait être un clin d’œil à la situation actuelle, plutôt critique, des Ateliers d’Artistes. Gérés par la régie municipale des musées, les Ateliers sont l’une des trois institutions majeures pour l’art contemporain à Marseille, mais continuent de fonctionner sans équipe, avec la seule persévérance de Thierry Ollat qui cumule ainsi cette direction avec celle du Musée d’Art Contemporain. Dans le contexte d’une politique culturelle locale très frileuse en ce domaine, les artistes résidents essayent donc de rappeler que cet équipement est indispensable dans la dynamique artistique de la ville (avec dix résidences, une politique de production d’expositions et d’édition de catalogues). Ils ont pris en charge cette exposition et deviennent leur propre «commissaire». Olivier Bedu élargit le champ de l’architecture en proposant ici des housses pour «habiller» les grands ensembles, selon le principe d’une tente qui filtre la lumière et régule la température de l’habitat. Le ventilateur aux reflets cinétiques de Rémi Bragard, ou sa roue de patins à roulettes, ramènent la sculpture du côté d’un réel modélisée à la façon d’un meccano, dépassant les postulats du ready-made. Marcell Esterhazy rend instable la représentation classique de l’artiste dans son atelier à travers un inventaire de ces espaces (vides) photographiés comme des natures mortes. Les peintures de Joffrey Ferry refusent la gestualité expressioniste pour investir des images prélevés aussi bien dans le réel que dans les codes visuels de la musique pop. Cari Gonzalez-Casanova reprend le motif militaire du camouflage, stratégie mise au point au moment de la première guerre mondiale (avec la collaboration inattendue des cubistes) pour imaginer un vêtement exacerbant les peurs collectives tout en les absorbant. Mariusz Grygielewicz transforme la position romantique de l’artiste isolé en ouverture jouissive au monde, quand celui-ci ne distingue pas l’art et la littérature de la vie (un verre à la main). Les cartes géographiques de Rémy Rivoire deviennent ici des plans d’architecture qui épousent les reliefs d’un mur pour contaminer l’espace dans une mise en abîme, à l’instar des circulations et des accidents dans le territoire vivant d’une ville. L’univers complexe de Julien Tiberi est l’une des plus belles surprises apparues récemment, établissant des traductions entre le dessin et la sculpture, à laquelle il joint ici le principe de la compilation sonore (un collage de cris de l’histoire du rock). Son approche des référents culturels est envisagée dans une simultanéité entre le passé et le futur fantasmé au présent, empruntant à l’écrivain Arno Schmidt le projet de film potentiel dont il ne reste que l’affiche.
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Berdaguer & Péjus, Bettina Samson, Marc Etienne

Psychoarchitecture, Berdaguer & Péjus

> vernissage 9 juin 2007 à 19h
> du 10 juin au 13 juillet
> Galerie Bonneau-Samames
> 44 rue Bernard, Marseille (3e)
> 06 71 15 76 97
www.bonneau-samames.com

Le panorama des galeries à Marseille a été profondément bouleversé en quelques années, y compris dans le rapport au marché de l'art. Après  quelques générations d'artistes locaux dont la visibilité était souvent dépendante des soutiens à l'échelle régionale (avec les FRAC comme cible et seul horizon d’attente), une nouvelle génération semble prendre acte d'un contexte artistique axé sur une dynamique de circulation et d’échanges déterritorialisés. Do-it-yourself, semblent dire ces galeries qui choisissent le secteur privé en vue d'une participation à des foires internationales. Le jeune artiste Simon Bonneau a ainsi ouvert, à proximité de la Friche, la galerie Bonneau-Samames (ex-Le Haut de l’Affiche), qui réussit avec sa troisième exposition à imposer une ligne artistique particulièrement stimulante. «Archifiction» décline trois propositions artistiques où l’architecture est soumise à un «principe d’incertitude qui ouvre des retournements de la discipline, des brèches dans ses prétentions rationalistes» et se trouve débordée par des fictions (non pas pour s’écarter du réel mais pour y créer des espaces potentiels). Christophe Berdaguer & Marie Péjus exposent leurs Psychoarchitectures, des fantomatiques maquettes de maisons, ou plutôt phantasmatiques, une fois qu’il s’agit de la transcription en volume de dessins d’enfants produits à l’occasion de tests psychologiques. Leurs visions, entre la fable hallucinogène et l’utopie cauchemardesque, s’inscrivent dans la réflexion des artistes sur la façon comme l’autorité normalisante des architectes modernes est contrariée en permanence par l’appropriation subjective de ses usagers. Bettina Samson expose une sculpture à mi-chemin de la tour de contrôle et du phare, un modèle réduit d’un mirador frontalier de la RDA, gardien d’un «nouveau monde» déchu, et relique d’un film d’espionnage de la guerre froide (actualisé par le parasitage de la fréquence radio de l’aéroport de Marignane). Marc Etienne fait de l’artisanat pour les touristes d’une plage échangiste. Une débauche de petites figurines s’animent à l’intérieur de troncs d’arbre dissimulés dans les joies simples d’une promenade en forêt. La sculpture folk pourrait alors être celle qui répond à la quête d’«authenticité » d’une décoration d’appartement en style «rustique». ////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
 
Frédéric Clavère

Speak Easy, Frédéric Clavère, photographie, 2007

Speakeasy
> vernissage 23 juin 2007 à 17h
> du 2 juin au 28 juillet 2007
> VF Galerie
>15 bd Montricher, Marseille (1er)
> 06 08 52 94 17
www.vfgalerie.com
Le titre Speakeasy, du nom des bars clandestins pendant la prohibition aux Etats-Unis, projette Frédéric Clavère dans une scène du film «Zelig» de Woody Allen où un personnage fait des pirouettes entre l’identité d’un mafiosi et celle d’un joueur de trompette dans un orchestre de jazz. Il n’y est cependant pas question de nostalgie, mais plutôt de mélancolie, cette «tristesse raisonnée» où le pessimisme peut cohabiter avec l’humour. La mort, évoquée par le motif des squelettes et des crânes, vient s’apposer sur une tapisserie 70’s, «la femme bohème du 3e Reich comme le voleur dandy ou la séductrice sont tous dupes de leur existence comme le peintre dans la bonne tradition de la vanité». Clavère cherche alors à produire le renversement évoqué par Bataille : «parlons de notre histoire, des images qui nous hantent, de nos cauchemars molletonnés dans les tiroirs de la mémoire, pour enfin tenter de convoquer la vie». C’est une exposition majeure, accompagnée du premier catalogue réunissant le travail de l’un des peintres les plus surprenants établis à Marseille.
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Visuel du sommaire : Le Vent souffle fort; la mariée, Frédéric Clavère, 1999
 
Denis Brun


Fan Club 3000
> vernissage le 15 juin à 18h30
> du 15 juin au 6 juillet 2007
> 3bisF
> Hôpital Montperrin, 109 av du petit Barthélémy, Aix en Provence
> 04 42 16 17 75
www.3bisf.org

Transformant l’hôpital Montperrin en hôtel désaffecté, Denis Brun nous fait croiser des personnages masqués, des fantômes sortis du cinéma de David Lynch filmés dans un couloir vertigineux par Stanley Kubrick. A l’instar de ces cinéastes, les codes de genre, qu’il s’agisse du conte fantastique ou du cinéma d’épouvante, sont réactivés par l'artiste de façon performative. Il s’agit là encore de ne pas abandonner le réel à sa répétition appauvrie pour y introduire des zones de projection fantasmées et démultiplier les parcours. Le voyage peut parfois être immobile, comme dans une vidéo où des valises sans utilité commencent à voir pousser de l’herbe. Le masque sert alors d’écran pour la fabrication d’une identité à jouer. Denis Brun joue de narrations déconstruites pour explorer cet hôpital psychiatrique, lieu chargé d’histoire(s) «qui, par définition, accueille des errances existentielles plus ou moins accidentées».
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Pinède Légende / L’œil du Tigre

 1,2,3 Diet Truck, Sandro Della Noce, métal,bois,moquette,350 x 150 x 250 cm, 2007

Pinède Légende

> vernissage le 22 juin 2007
> du 23 juin au 7 juillet
> La Compagnie
> 19 rue Francis de Pressensé, Marseille (1er)
> 04 91 90 07 98
www.la-compagnie.org

L’œil du Tigre
> vernissage 27 juin 2007 à 19h
> du 28 juin au 21 juillet 2007
> Histoire de l’œil
> 25 rue Fontange, Marseille (6e)
> 04 91 48 29 92
www.galerieho.com

 
Après quelques années où l’Ecole des Beaux-Arts de Marseille semblait plutôt à l’écart de la dynamique artistique de la ville, éloignée dans la pinède de Luminy, on constate, depuis quelque temps, quelques signes d’ouverture. L’une des instigatrices de ce nouvel élan est l’artiste Anita Molinero, qui organise pour la deuxième fois une exposition avec des étudiants dont certains très prometteurs. Ceux qui s’attendent au royaume exclusif de la sculpture, découvriront des échappées sur d’autres contrés disciplinaires, mais force est de constater, aux Beaux-Arts comme ailleurs, que cette pratique retrouve actuellement une vitalité saisissante. En guise d’introduction, Molinero affirme sa conviction d’un art «capable d’échapper à d’éventuels poursuivants et de feinter les plus coriaces», qu’il s’agisse du discours ou de la symbolique. Ainsi, «métamorphosé en un objet ridiculement modeste et subjectif, en réponse à une grandeur dont il ne veut pas», l’art peut enfin se redéployer et s’imposer. Et de citer l’artiste Robert Morris pour dire la façon dont l’art «s’infiltre inexorablement dans les recoins les plus opposés, atteint les émotions les plus refoulées et supporte la contradiction sans aucun effort». Si chaque génération issue de Luminy a inventé ses espaces d’exposition, c’est dans une même continuité que trois de ses étudiants – Sandro Della Noce, Yann Gerstberger et Justin Sanchez – organisent une exposition à l’Histoire de l’œil, dernière des galeries d’artistes atterries à Marseille.
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John Deneuve
 Merci monsieur

> jusqu’au 16 juin 2007
> Galerie Porte Avion
> 42 rue Sainte, Marseille (1er)
> 04 91 33 52 00
www.galerieporteavion.org

 
Quel personnage transgenre se cache derrière ce nom hybride ? Certains ont peut-être entendu sur radio Grenouille un improbable feuilleton romantique où l’artiste «tente de répondre aux limites de la pénétration du regard dans le réel» (à écouter sur www.johndeneuve.com). A la galerie Porte Avion, on est surpris dès l’entrée par un chien de garde électronique pour la promotion des avantages d’un «système de protection d’œuvres d’art contre d’éventuels visiteurs». Rejoignant les tendances actuelles du marché, la fabrication de ce dispositif anti-fraude, qui «révolutionne l’univers de la sécurité, est 100% française». Le Mythe de la Caverne invite le spectateur à regarder «sa condition» au microscope (l’ANPE), tandis que Pinocchio est un film super 8 sur le «devenir-âne» de l’artiste accompagné d’une musique électronique composée par ses soins. L’exposition reste parfois cantonnée dans un commentaire très appuyé sur la société de consommation, mais l’humour pervers de l’artiste crée des lignes de fuite qui l’égarent en permanence.
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