Coup de cœur
  Denis Prisset
DENIS_PRISSET  
Quatre photos de jeunes filles à côté de quatre photos de voitures luisantes, un diaporama de prises de vue dans cinq villes françaises accompagnées chacune d’un morceau eighties (Happy Mondays ou Daniel Johnston), constituent des étapes du projet de Denis Prisset cherchant à reconfigurer la notion de réalisme (à regarder sur son site www.realisme.fr). «Une saga, un descriptif général à l’échelle d’une génération : cela rejoint le problème du réalisme, au sens des grandes descriptions du XIXe siècle. Avec les filles, les voitures, les bâtiments ou la musique, un moment et un point de vue sont rendus. Une vision ou une sensation réajustable en permanence». Une mise à plat de toute prétention à sublimer le réel qui réussit cependant à éviter les poncifs autour du «banal» dans la photo contemporaine. Parfois, ce jeu avec la neutralité se prolonge par des figures géométriques (Triangle pensant à un rond) ou des cœurs monochromes accrochés comme des tableaux. Un romantisme à l’échelle des bords de route de province, des dimanches après-midi au bowling, des ballades entre amis et du rock joué en garage (il a été guitariste du groupe Electricworms avec, entre autres, l’artiste Francesco Finizio). Denis Prisset revient à la galerie Sol Mur Plafond, l’un des lieux les plus inventifs de ces dernières années, qu’il vient de quitter après avoir été l’un des artistes associés.

Image : Demi-voiture, photographie Denis Prisset, 1996

> vernissage le vendredi 23 février à 18h30
> du 28 février au 14 avril 2007
> du mercredi au samedi de 15h à 20h
> Galerie SMP
> 31, rue Consolat, Marseille (1er)
> 04 91 64 74 46
www.s-m-p.org

   
Adel Abdessemed
> jusqu’au 10 février 2007
> du mardi au samedi de 14h30 à 18h
> Galerie de l’École Supérieure des Beaux-Arts
> 41, rue Montgrand, Marseille (6e)
> 04 91 33 11 99
www.esbam.fr
 
Pendant un séjour à Berlin, Adel Abdessemed a réalisé une série de performances dans l’espace public, dont il expose ici quatre vidéos. Foot On a la brièveté d’un coup de poing, où l’on voit un pied nu écraseR une canette de Coca-cola. Un geste qui laisse de côté toute subtilité pour privilégier l’impact performatif, à l’image d’un slogan. «Les énoncés lapidaires, les gestes simples d'écrasement ou de déversement, le dévoilement de corps nus, l'usage de figures de la mort et de la vie composent des images, mais des images qui ne racontent rien d'autre que l'importance vitale de l'action et de la résistance. » L’artiste d’origine algérienne a toujours refusé de se voir cantonné à une approche identitaire (jusqu’à refuser de participer à l’exposition Africa Remix, organisée au Centre Pompidou). L’une de ses œuvres, Habibi, rejoint sa démarche de confrontation face aux interdits autour de la représentation (qu’il s’agisse du sexe ou de la mort) : un gigantesque squelette en suspension à l’image d’une vanité qui survole l’espace. Dans des actions cathartiques, il met le désir à l’épreuve des contraintes subies par le corps, liées à l'identité politique ou religieuse des sociétés, qu'elles soient occidentales ou islamiques.
   
De quoi sont les images faites ?
> vernissage mercredi 14 février à 18h30
> du 15 février au 17 mars 2007
> Galerie de la Frichela Belle de Mai
> 41 rue Jobin Marseille (3e)
> 04 95 04 96 00
www.videochroniques.org
 
Vidéochroniques décompose l’image dans son «plus petit dénominateur commun», le pixel. Parfois, il est envisagé par le biais des techniques du textile, concernant la démarche de Nathalie Bujold, autour d’éléments de la culture populaire (un Pop art du terroir), pour d’autres il devient un élément de puzzle, dans la perspective de Jean-Marc Mathieu-Lajoie qui détourne des casse-tête pour composer des images à travers la substitution, la répétition et le déplacement des pièces. Il déconstruit les images idéalisées issues des entreprises de production de jeux, pour explorer l’abstraction à partir des fragments figuratifs. Cyrille C. de Laleu s’est inspirée des paradoxes spatio-temporels parcourus par l’écrivain Adolfo Bioy Casares pour composer un paysage de vingt-quatre écrans qui fonctionne comme une partition temporelle réagissant à la présence du spectateur. Samuel Rousseau expose Plastikcity, des monolithes architecturaux construits à travers une projection sur des bidons en plastique qui donnent forme à une ville. Un mélange de bricolage et de technologie qui évite l’illusion spectaculaire en donnant à voir la matérialité de l’image.
   
Alexandre Gérard, Natalia Lopez, Eric Pasquiou
> vernissage jeudi 8 février à 18h30
> du 9 février au 10 mars 2007
> Galerie des Grands Bains Douches de la Plaine
> 35 rue de la Bibliothèque Marseille (1er)
> 04 91 47 87 92
www.art-cade.org

Crédit photographique page du sommaire : Alexandre Gérard, Quoi feuze?, 2002
Alexandre Gérard, l'anti-héros des films de Stéphane Bérard, est l'un des plus percutants jeunes artistes installés à Marseille. Dans son approche quasi documentaire de l'absurdité quotidienne, c'est le presque qui l'intéresse: les failles, les coïncidences improbables, les répétitions involontaires, les réflexes conditionnés. Le réel comme un énorme malentendu. Natalia Lopez, en résidence à Astérides, traque les indices des enjeux de pouvoir sous-jacents au langage, tout en identifiant les marges où l'espace social est réapproprié. Eric Pasquiou, dont le travail est rentré dans la collection du Musée d'Art Contemporain (à travers un don de l’historien de l'art François Bazzoli), envisage ses photos comme des scénarios en trompe l'œil, à travers des effets de trucage qui transforment le quotidien en puzzle où "le faux est érigé en vrai". Un commissariat de l’artiste Luc Jean d'Heur.
 
Marie-José Mondzain / Christophe Fiat

Organisation : Alphabetville  www.alphabetville.org
> conférence au petit théâtre de la Friche le 22 février 2007 à 18h30
> rencontre-discussion au cyber de la Friche le 23 février 2007 à 18h
> Friche Belle de Mai, 41 rue Jobin, Marseille (3e)
> 04 91 62 60 75 / 04 95 04 95 12

> Christophe Fiat
> lundi 5 février 2007 à 20h30
> Montévidéo
> 3, impasse Montévidéo Marseille (6e)
> 04 91 37 97 35
www.montevideo-marseille.com

C'est l'une des philosophes les plus impliquées dans une réflexion autour du statut de l’image, concernant aussi bien leur processus de globalisation que leur «violence» (dans L’image peut-elle tuer ?). Pour cette rencontre, elle explore la réception des images et la façon dont celles-ci ont modélisé notre appréhension et compréhension du monde, dû à «l’omniprésence du cinéma et de la télévision au XXe siècle». Cherchant à dépasser les débats stériles entre «défenseurs» et «opposants» à la prépondérance du visuel sur la culture de l’écrit, Mondzain interroge d’abord sur nos usages : «Ne faut-il pas dire alors que voir une image, c'est partager le visible par l'usage de la parole ?»
À la conférence, on rajoutera la performance : Christophe Fiat, l’un des plus étonnants poètes performeurs contemporains, très influencé par la rythmique du rock et le pouvoir électrisant des guitares, présente La jeune fille à la bombe, en avant-première du prochain Festival d’Avignon.