# février 2012de curiosités
ÉDITÉ PAR MÉCÈNES DU SUD, COLLECTIF D'ENTREPRISES DE MARSEILLE-PROVENCE

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RIEN SUR VIK MUNIZ





Ruptured, Lawrence Weiner, 1972, Collection Lambert en Avignon.

L’amateur des statements, qui ont su nourrir, bercer, voire enjouer mes candides études d’art, est déçu dans ses attentes par cette petite exposition de Lawrence Weiner montée par son collectionneur et galeriste à la Collection Lambert en Avignon.

DISPLACED
L’entrée en matière dans les deux premières salles présente un ensemble de travaux récents contrastés, courtesy galerie Yvon Lambert, Paris. Un Lawrence Weiner plus baroque (dessin, couleur, collage, animation), coloré, ludique, facétieux, romantique, poétique où nous aperçevons que si l’artiste conserve ses recettes de mise en scène, il a délaissé le rôle du sculpteur, du plasticien, du performeur pour endosser celui du poète - une poésie qui n’est pas sans rappeler la Poésie Concrète - et de concepteur d’une communication visuelle. Je regrette la perte de l’aridité conceptuelle et sémantique des statements historiques au profit de pièces qui se veulent des airs plus contemporains, peut-être pour se réinventer plus post-modernes, plus "vieil artiste toujours plein de vitalité qui vit avec son temps" mais qui ont perdu à mon sens leur histoire. J’ai même parfois éprouvé un sentiment de "collection Weiner pour La Carterie", d’autant plus qu’il est possible d’acheter à la boutique librairie du rez-de-chaussée des t-shrits, jouets, et autres produits dérivés.
Ce désamour est d’autant plus présent que nous rencontrons ensuite quelques pièces de la collection du Weiner de la grande époque, des SPECIFIC & GENERAL WORKS : UNE QUANTITÉ DE PEINTURE VERSÉE DIRECTEMENT SUR LE PLANCHER ET MISE À SÉCHER ou UN OBJET JETÉ D’UN PAYS À L’AUTRE. Je ne lui reproche pas de vouloir produire une nouvelle cuisine sur de vieilles recettes - pour faire un statement : c’est dans les vieilles couscoussières que l’on fait les meilleurs nems - et d’essayer d’autres formalisations, de vouloir créer du Lawrence Weiner et pas seulement de faire du Lawrence Weiner, mais cela me paraît ici comme... déplacé. Question de goûts et de couleurs.
Au final, se pose la sempiternelle question : qu’est-ce qu’un Grand Artiste ? Celui qui a marqué de son empreinte l’histoire de l’art ? Celui qui est élu icône ? Mais le Grand Artiste reconnu et accepté est-il pour autant un Grand Artiste à travers tout ce qu’il produit ? Est-ce que nous devons alors aveuglement tout accepter d’un Grand Artiste en matière d’oeuvre (ce que nous ne ferions pas en matière de moralité) ?

surchauffe
Cet accrochage, excepté le "RUPTURED" situé dans les escaliers, aurait pu avoir lieu dans n’importe quel endroit. Nous aurions pu le voir sur les murs de la galerie parisienne Yvon Lambert. Cela renforce l’impression de confusion des genres entretenue entre Yvon Lambert, collectionneur d’art contemporain et Yvon Lambert, galeriste marchand d’art contemporain. A croire que les oeuvres "courtesy de l’artiste et galerie Yvon Lambert, Paris" bénéficient à la Collection d’une autre vitrine tout comme un artiste en promotion, de l’aura d’un autre écrin. Nous serions alors dans une sorte de bulle spéculative qui offre un petit supplément de cote au "combien ça vaut ?". En salle des ventes, nous parlons de "surchauffe".
L’oeuvre présentée dans la première pièce de l’exposition CAT#792 (Presque mieux/Something much... ) - 1997 prendrait alors une toute autre résonance dans son lettrage adhésif d’enseigne aux caractères bleus en langue française, sur un mur blanc, et aux caractères rouges en langue anglaise, cernés de noir ; et plus spécialement ces mots : "A FRIPON, FRIPON ET DEMI", où nous pourrions interpréter le premier "FRIPON" comme étant Yvon Lambert, le maître marchand de la "galerie Yvon Lambert, Paris" qui profite de l’exposition d’un de ses artistes (la cote d’un artiste dépend de sa "cote galerie" liée à des expositions "réussies" et légitimantes et de sa "cote enchère"), le "FRIPON ET DEMI" étant Lawrence Weiner qui par le biais de cette oeuvre, étalerait sur les murs la chose au vu et au lu de tous, notamment de ceux qui décrypteront le message.

LOVE WORKS
Bien sûr, nous ne pouvons pas réduire bêtement cette exposition à l’hypothèse vénale de seules conditions économiques. Yvon Lambert et Lawrence Weiner travaillent ensemble depuis plus de quarante ans. Le titre de l’exposition est une dédicace en hommage à Yvon Lambert. Après la traversée du fleuve faisant référence à l’histoire de la galerie Yvon Lambert, et du flair de celui-ci, déménageant d’abord de la rive gauche au voisinage d’un Beaubourg encore en chantier à l’époque, puis en plein Marais avant qu’il ne devienne l’incroyable lieu de concentration de galeries d’aujourd’hui, pour y établir au fil des années un lieu de renommée mondiale, et enfin la dernière traversée en date étant celle du Rhône pour l’aventure de la Collection en Avignon, à laquelle il invite Lawrence Weiner.

After Crossing the river / Après la traversée du fleuve | Lawrence Weiner
Le musée imaginaire | Vik Muniz
Collection Lambert en Avignon • 5, rue Violette • 84000 Avignon • jusqu’au 13 mai 2012 • tous les jours, sauf le lundi • de 11h à 18h • 5,50 à 7 euros • 04 90 16 56 20
www.collectionlambert.fr

 

 

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