Paparuda | Monsieur Moo
Projection de Paparuda de Monsieur Moo dans le cadre du prochain NICE TO MEET YOU [1] de ZINC le 23 février à 19h à la Friche la Belle de Mai.
D’un certain côté ce feedback se présente de manière assez inhabituelle puisqu’il s’attarde sur une œuvre programmée après la diffusion de cette newsletter ; d’un autre côté entre Monsieur Moo [2] alias Maxime Berthou et Mécènes du Sud c’est déjà une longue histoire. Le collectif d’entreprises mécènes connaît sa démarche artistique pour avoir choisi Monsieur Moo comme lauréat en 2008 et en 2009.
Cette présentation de Paparuda se présentera sous la forme d’une projection, et non pas d’une installation vidéo comme c’était le cas à la Maison Européenne de la Photographie à Paris fin 2011. Ce qui motive ces lignes c’est justement le nouveau format de l’œuvre que nous découvrirons à l’occasion du prochain NICE TOU MEET YOU de ZINC [3]. Une structure qui se présente comme un laboratoire des arts et des cultures numériques, mais qui n’est pas que cela. C’est aussi un lieu d’accueil public ouvert à tous. Situé au cœur de la Friche son activité se singularise justement par son accessibilité : inutile d’acheter une place pour assister à un spectacle ou un pass plutôt coûteux pour suivre un festival, de préférer le skate à la marche, d’être épris de sérigraphie ou de montrer patte blanche pour découvrir un projet artistique. Une sorte d’exception qui me semble encore plus d’actualité aujourd’hui, avec le chantier de la Friche qui touche la tour où sont habituellement accueillis les expositions du cartel [4].
Dans le cas présent, l’ensemencement qui m’occupe est plutôt celui des nuages qui est au cœur de Paparuda. Si vous découvrez ce terme, l’ensemencement est une forme de modification du climat notamment utilisé dans l’agriculture afin d’encourager les nuages à libérer l’eau.
Paparuda échappe aux définitions, à commencer par celle du genre artistique univoque. C’est à la fois un projet artistique au long cours, une performance, une installation vidéo, un documentaire qui prend les allures d’une fiction (à moins que ce ne soit l’inverse) ? C’est aussi une série de questions qui restent sans réponses, compte tenu du vide juridique : à qui appartiennent les nuages ? Faut-il les soumettre à une gestion internationale ? S’ils n’appartiennent à personne, deviennent-ils exploitables à souhait ? Le concept semble suffisamment vif [5] pour susciter les opinions les plus tranchées et susciter la foudre de ses détracteurs ! Pensez par exemple à la nocivité des substances utilisées et à leur impact sur l’environnement…
Je ne m’attarderai pas sur les difficultés inhérentes à la réalisation de ce genre de projet qui nécessite de l’obstination et une bonne dose d’ingéniosité, encore moins sur le doute que suscite sa réception chez le spectateur. Est-ce effectivement arrivé ou pas ? Le beau est encore bien trop souvent associé au vrai ! Difficile de battre en brèche nos inclinations esthétiques surtout lorsqu’elles sont vieilles comme le monde.
Quel est l’objet du film Paparuda, révéler le réel ou l’imaginer ? Approfondir notre compréhension du réel ou permettre de s’en évader ? Evidemment ce serait bien commode d’opposer ainsi le documentaire et la fiction, mais ce serait simplement oublier que l’enregistrement du réel implique des choix, des événements qui restent hors-champ, des axes de caméra choisis, un travail de montage, etc. Paparuda est bien loin de n’être qu’un reflet symétrique de la réalité. Il suffit de remarquer la picturalité de certaines scènes, la façon dont la caméra évite le visage de Monsieur MOO [6], comment la recomposition du temps et de l’espace laisse une impression de fluidité, presque de simplicité. Je retiens la scène du gonflement des ballons qui achemineront le précieux catalyseur jusqu’aux nuages, surtout lorsque le cadre insiste sur les mains de l’artiste qui donne vie aux ballons jusque là inertes. Ici, le souffle créateur est remplacé par de l’hélium et le travail remplace l’inspiration. Je pense tout de même à l’antiquité et aux muses qui délivrent l’inspiration artistique de manière complètement hasardeuse. À l’époque l’inspiration est un don divin et en l’absence de la notion d’auteur, c’est grâce à une forme de possession qui provoque une perte momentanée de la raison, que l’expiration de l’inspiration se manifeste. L’artiste ne possède donc pas son art ou sa tekhnè, il n’est même plus sujet mais objet d’une puissance extérieure assez capricieuse. Voilà un souffle divin qui ne se maitrise pas, qui me fait penser à la difficulté de prévoir l’évolution des nuages ainsi qu’aux contraintes avec lesquelles il faut bien composer pour réaliser une telle œuvre. Comme aurait pu dire Kurt Schwitters « Tout ce que lâche l’artiste, c’est de l’art ! » [7]… Surtout lorsqu’il souhaite faire la pluie et le beau temps.