// 2009arts visuels

LES LAURÉATS



© Basile Baixe
matthieu.clainchard.free.fr

Matthieu Clainchard

Matthieu Clainchard est artiste et commissaire d’exposition, mais on connaît davantage ses activités au sein de collectifs d’artistes : Bad Beuys Entertainment (fondé en 1999 – dissout en 2007) dont les actions visaient à développer de nouvelles formes de sculpture sociale en résonance avec la culture urbaine, et Le Commissariat fondé en 2006 avec trois autres artistes et commissaires pour développer une pratique de l’exposition sur un mode plus ouvert et spontané. Son œuvre plastique s’appuie sur ce qui est déjà là et privilégie les ready-mades et les assemblages/remix. Il s’intéresse avant tout à la question du contexte et cherche à en pointer les dysfonctionnements. Lorsqu’il présente des objets, des images ou des situations, il génère des “fictions réelles”. Non pas des histoires en forme mais des formes produisant des histoires où la question de la subjectivité est sans cesse remise en cause. Le quotidien urbain est son champ d’action. L’artiste met en évidence le jeu des simulacres sur lesquels se fonde l’idée de communauté et d’appartenance (les marques, la télé, le cinéma, Disney...). Keren Detton
  • It’s like a jungle sometimes it makes me wonder how I keep from going under (bis) | Matthieu Clainchard
  • It’s like a jungle sometimes it makes me wonder how I keep from going under (bis) | Matthieu Clainchard
It’s like a jungle sometimes it makes me wonder how I keep from going under (bis)
LAURÉAT 2009

Dans The Message, attribué à Grand Master Flash & The Furious Five, le rappeur Melle Mel décrit pendant 7 minutes avec un réalisme désabusé sa vie au quotidien dans le New York des années 80. En rupture par rapport à la musique hip hop de l’époque, qui se voulait plutôt un exutoire festif à la misère encore teintée de ségrégation des ghettos blacks, The Message inaugure le tournant politique d’un mouvement musical qui décide de se nourrir de son contexte de production plutôt que de l’ignorer pour le rendre invisible.Cette position où la lucidité l’emporte sur le spectacle en le subvertissant de l’intérieur est le point de départ de la première exposition personnelle de Matthieu Clainchard depuis la cessation de son activité au sein du collectif Bad Beuys Entertainment.

L’exposition est composée comme une représentation parcellaire d’un paysage à forte connotation urbaine. Ce cadre familier permet à l’artiste d’utiliser la ville en tant que représentation générique, objet physique ET virtuel qui serait à la fois un lieu, une durée, un espace mental et un lieu de culture : historique, sociale, politique. La construction de cette occurrence « ville » sur un plan purement imaginaire mêlant différentes dimensions, temporelles, spatiales, philosophiques, emprunte clairement au mécanisme de la science fiction. Cet artifice permet à Clainchard d’articuler différent niveaux de discours et de représentations, et de poser l’hypothèse de l’existence de perceptions « transdistinctionnelles ». Discourant sur le corps social, les médias, les systèmes politiques et administratifs, la grande et la petite histoire, la place des artistes et des cultures alternatives, Clainchard cherche à disséquer la construction des corps et des espaces sociaux tout en affirmant l’imaginaire à la fois comme porte de sortie et fiction agissante.

Loin des discours éculés et vendeurs sur les utopies et à rebours d’un structuralisme conservateur, c’est à un brainstorming enthousiasmant et protéiforme, nourri de multiples théories actuelles, des cultural studies au storytelling en passant par les philosophies du risque (Ulrich Beck) et de l’accident (Paul Virilio) que nous convie Clainchard, sur le refrain entêtant de The Message : It’s like a jungle sometimes, it makes me wonder how I keep from going under... Dorothée Dupuis

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